ABSTRACT

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Les nouveaux paradigmes de la mondialisation: Nouvel ordre mondial, nouveau désordre juridique

Author: Hervé JUVIN

Type: Article

ref: 52007587-593

N0: 5 de 2007

Pages: 587-593

Depuis plus de vingt ans, entreprises, institutions et opinion sont emportées dans le flux bouillonnant de la pensée naïve de la mondialisation; tout s’ouvre, tout bouge, tout se négocie, tout se mélange, tout se paie. Le monde enchanté du marché crée les conditions de son extension universelle; le monde va parler bientôt une langue unique du droit, du contrat et du prix. Et cet esperanto réalisera les conditions du progrès sans fin, après avoir d’abord assuré la paix entre les Nations heureusement désarmées, bientôt démantelées. Les juristes les plus familiers de l’anthropologie auront reconnu une des dispositions banales de la pensée magique; peu importe ce qui se passe réellement, c’est ce qui est dit qui compte.

Et voilà le point essentiel; le monde s’appelle diversité et les forces qui tendent à le réduire à l’unité, le vain bavardage de l’universel et l’illusion des droits sans les conditions qui les réalisent, suscitent les forces exactement inverses, forces de la séparation, forces de l’autonomie, forces de la distinction, qui sont ce qu’elles ont toujours été: les forces du salut.

Dans ce mouvement, l’entreprise se trouve prise à des niveaux et par des enjeux contradictoires ou paradoxaux. Tout se passe comme si la conformité résumait la seconde mondialisation, celle que nous connaissons depuis la Seconde guerre mondiale et qui s’est singulièrement accélérée depuis 1989; un mouvement auquel les grands acteurs, les métropoles, les dirigeants nationaux, doivent souscrire, un mouvement qui nourrit les agences internationales et les ONG. Mais l’écart n’a jamais sans doute été aussi grand entre la norme publique ou privée, internationale, celle qui s’affiche, se publie, se commente, et la règle socialement acceptable qui, par de multiples détours, s’insinue, s’impose et réduit la première au nominalisme dont elle se contente. Le second grand risque du droit auquel sont exposées les sociétés privées réside dans cet écart entre les conventions, les obligations d’origine extraterritoriale, et les obligations, les usages et les normes territoriales.

Entre les deux, la société privée qui développe son activité sur de multiples territoires se trouve prise. Elle doit réapprendre la géographie et l’histoire. Elle doit s’y faire; sans respect des identités, sans attention aux origines, aux croyances, tout lui sera plus difficile, ou plus dangereux. Elle doit se montrer plus circonspecte dans sa prétention à se substituer à l’Etat, à assumer certaines fonctions publiques, plus attentive à faire progresser la bonne gouvernance publique dans les collectivités avec lesquelles elle travaille, plus discrète dans ses engagements publics; le risque d’être pris au mot n’est plus vain. Et elle doit plus encore mesurer avec attention la part qui lui incombe dans la production de la règle, de la norme, des comportements, et la part qu’elle doit aux communautés avec lesquelles elle interagit. Il ne s’agit de rien d’autre que de redécouvrir le monde, avec sa différence, son écart, son irrémédiable étrangeté. Combien l’avaient oublié?